Par : cblumberg
Publié : 4 avril 2012
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ECOUTE 7 : Crossroads

Robert JOHNSON : La légende du blues

Genre : BLUES

Le blues est un style musical vocal et instrumental, dérivé des chants de travail des populations afro-américaines apparues aux États-Unis courant XIXe siècle.
C’est un style où le (la) chanteur(euse) exprime sa tristesse et ses déboires (d’où l’expression « avoir le blues »). Le blues a eu une influence majeure sur la musique populaire américaine, puisqu’il est à la source du jazz, du rythm and blues, du rock and roll entre autres.

Robert JOHNSON
Né le 8 mai 1911 à Hazlehurst, Mississippi, et mort le16 août 1938 à Greenwood, Mississippi, était un guitariste et chanteur de blues américain. Bien que n’ayant commencé à enregistrer que trois ans avant sa mort, Robert Johnson est devenu une légende et une grande source d’inspiration pour des artistes tels que Jimi Hendrix, Jimmy Page, Bob Dylan, Brian Jones, Keith Richards ou encore Eric Clapton(Cream). En 2003, le magazine Rolling Stone l’a classé cinquième meilleur guitariste de tous les temps.
Robert Johnson est un pionnier du blues Précurseur du blues de Chicago, un blues électrique et puissant. On n’en sait pas beaucoup sur lui. Son talent unique et sa mort à 27 ans ont fait de lui une des premières légendes du blues. Il est né dans le delta du Mississipi, un des principaux berceaux du blues, d’où est également sorti Howlin’ Wolf, Muddy Waters, Skip James ou John Lee Hooker. Tous issus de familles très pauvres, ils ont écrit l’Histoire de la musique à l’aide de leur Gibson acoustique (guitare) et de textes poignants chantés comme une longue plainte. Robert Johnson est l’un des plus talentueux de ceux-là. Sa qualité d’écriture est hors du commun. Il avait d’ailleurs tous les talents : grand chanteur, grand guitariste (il a influencé Hendrix, Clapton…) et grand parolier.
Il a donné une telle ampleur au blues que même les blancs de l’époque ont commencé à s’y intéresser, témoin John Hammond qui avait prévu en 1938 d’inviter Robert Johnson à un concert gigantesque « Spirituals to swing » au Carnegie Hall de New York…Une invitation qui malheureusement arrivera trop tard ; entre-temps, le bluesman meurt (le 16 août 1938) dans des circonstances mystérieuses. Robert Johnson fut le premier d’une série d’artistes « maudits » morts à l’âge de 27 ans, qu’on appellera « Club des 27 ». Quatre ans plus tard, un cyclone ravageait les lieux de sa mort.

Connaissez-vous cette fameuse légende selon laquelle il aurait appris à jouer le blues avec le diable ?

Pour rappeler un peu les circonstances, il semblerait que Robert Johnson se soit fait ridiculiser par un bluesmen célèbre de l’époque, Son House ; qui lui aurait conseillé d’arrêter la guitare parce « qu’il fait fuir les gens quand il joue » ! .

Mais n’allons pas trop vite en besogne. D’abord l’anecdote : en 1927, Robert a seize ans, il habite à proximité de la plantation Dockery’s où se produisent quasi quotidiennement trois "pointures" de cette musique naissante qu’est le blues du Delta : Charley Patton, Son House et Willie Brown.

Trois guitaristes qui hachent lourdement la mesure sur leurs six-cordes en utilisant le pouce de leur main droite comme un battoir. Trois musiciens qui jouent du "bottleneck" avec talent : s’inspirant du style des guitaristes hawaiiens, ils ont cassé le goulot d’une bouteille qu’ils ont ensuite glissé à l’annulaire de leur main gauche, de sorte qu’en posant celui-ci sur les cordes de leur instrument, ils lui arrachent des sons glissés d’une intensité acoustique profonde et bouleversante.

Le jeune Robert aimerait bien maîtriser lui aussi ces techniques. Il s’entraîne secrètement, puis, un jour, il n’y tient plus : lors d’une soirée animée par le fameux trio, il monte sur scène, demande à Patton et ses acolytes s’il peut jouer lui aussi. Amusés, Patton, House et Brown le laissent faire. Robert se lance et… échoue magistralement.

Robert Johnson se retire sous les rires et les quolibets.

Pourtant Robert jouait déja depuis un moment avec l’aide de Willie Brown (harmonica) et de Charlie Patton.

Il décide donc de quitter la ville et n’en reviendra que deux ans plus tard après avoir été formé entre autre par Ike Zinnerman, son mentor.

Son House est abasourdi par les progrès du jeune Robert Johnson.

C’est à ce moment là que la rumeur nait.
Il raconte s’être perdu un soir à un carrefour, que le diable s’est présenté à lui pour lui apprendre le blues en échange de son âme. Malin le diable…

L’explication ?
On la trouve en partie dans les paroles de sa chanson "Crossroads » :

"Je suis allé au carrefour,
Suis tombé à genoux,
J’ai demandé au Seigneur d’avoir pitié de moi
Et de bien vouloir me sauver."

Traduction du texte en anglais :
(I went down to the crossroads,
Fell down on my knees
Asked the Lord above “Have mercy now
Save poor Bob if you please”).

On ignore si c’est Robert lui-même qui a fait circuler la rumeur, mais le fait est que celle-ci est allée s’amplifiant au point de passer pour réalité historique : l’adolescent humilié de Dockery’s s’est rendu à un carrefour isolé sur le coup de minuit, y a rencontré non pas Dieu, mais un grand diable noir qui a ensorcelé sa guitare (et sa voix), vraisemblablement au prix de son âme.
Il faut savoir en effet que leurs disques étaient catalogués « Race Records » et n’étaient distribués que parmi les populations noires, selon des circuits de distribution propres : une forme de ségrégation parmi tant d’autres, et qui ne disparaîtra réellement qu’après la guerre lors de l’avènement du rock and roll.
Le « mode de vie » des rockeurs est né avec cette légende. Il faut vendre son âme au diable, céder à la tentation pour connaître le succès.
Le blues n’a pas influencé le rock ‘n roll puis le rock et tous ses dérivés uniquement avec ses riffs de guitare, mais aussi avec ses légendes et particulièrement celle de Robert Johnson.

Un film à même été consacré à Robert Johnson et une longue scène au carrefour transcrit bien l’ambiance qu’il pouvait y avoir à cette époque, où le vaudou était présent et tenace. Ce film c’est « Crossroad » (les chemins de la gloire).

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